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Intervention en Session Plenière

Un "RSA AGRICOLE", DU CLIENTÉLISME ?

vendredi 26 juin 2026


Intervention de Monsieur Arnaud LEVITRE, Président du groupe l'Avenir en partage

Monsieur le Président, Mesdames et Messieurs, Mes chers collègues, Monsieur le Président, vous venez d'annoncer la création d'un "RSA agricole". Selon vous, il s'agirait d'apporter une réponse aux difficultés rencontrées par certains exploitants confrontés à une mauvaise récolte, à une crise sanitaire ou à un aléa climatique. Que les agriculteurs en difficulté doivent être accompagnés, personne ne le conteste. Leur travail est essentiel et les épreuves qu'ils traversent sont parfois particulièrement lourdes. Mais derrière cette annonce se pose une question simple : pourquoi les agriculteurs, et eux seuls ? Car les accidents de la vie ne frappent pas uniquement le monde agricole. Un artisan peut perdre son activité, un commerçant voir son chiffre d'affaires s'effondrer, un salarié être licencié après des années de travail, un jeune ou une mère isolée basculer dans la précarité. Pourquoi un RSA agricole et pas un RSA des artisans, des commerçants ou des travailleurs pauvres ? Et pourquoi pas un RSA des élus confrontés à une baisse brutale de popularité ? Soyons sérieux. Le RSA est un droit universel destiné à protéger toute personne confrontée à la précarité. À partir du moment où l'on crée des catégories particulières de bénéficiaires, on remet en cause ce principe fondamental d'égalité. Un agriculteur en difficulté ne vaut ni plus ni moins qu'un artisan en faillite, qu'un salarié licencié ou qu'une mère isolée. À difficulté égale, droits égaux. N'est-ce pas là le "juste droit", pour reprendre votre propre expression ? Le rôle du Département n'est pas de distinguer les précarités légitimes des autres. Il est de garantir à chacun le même accès aux droits. Et puisque vous nous demandez régulièrement de formuler des propositions, en voici. Plutôt que de créer un RSA réservé à une profession, nous proposons la création d'un fonds départemental d'urgence ouvert à tous les travailleurs confrontés à une chute brutale de revenus, qu'ils soient agriculteurs, artisans, commerçants, indépendants ou salariés. Nous proposons également la mise en place d'une avance départementale d'urgence permettant d'apporter une réponse rapide aux personnes qui attendent l'ouverture effective de leurs droits. Nous proposons surtout de renforcer l'accès aux droits sur l'ensemble du territoire, afin d'aller vers celles et ceux qui pourraient bénéficier du RSA mais n'en font pas la demande. Trop de nos concitoyens renoncent encore à leurs droits par isolement, par méconnaissance ou par découragement administratif. Enfin, plutôt que de multiplier les effets d'annonce, nous vous invitons à poursuivre avec détermination le combat pour obtenir de l'État la compensation intégrale des dépenses de RSA supportées par le Département de l'Eure. Ces moyens permettraient de renforcer l'accompagnement social, d'accélérer le traitement des dossiers et d'améliorer concrètement la vie de tous les Eurois en difficulté. Si les procédures sont trop lentes pour les agriculteurs, alors elles sont trop lentes pour tous. Si les règles sont inadaptées à certaines situations d'urgence, alors améliorons-les pour tous. Pour notre part, nous continuerons de défendre une solidarité universelle, fondée sur l'égalité des droits et la dignité de chaque personne. Parce qu'un agriculteur en difficulté mérite notre soutien, mais tout autant qu'un artisan, un salarié licencié, une mère isolée ou un jeune sans ressources. La justice sociale ne consiste pas à choisir ses pauvres. Elle consiste à ne laisser personne de côté.