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Les Discours Publics

LIBÉRATION DE TERRES DE BORD

dimanche 23 août 2026 - Terres de Bord


Cérémonie du 82e anniversaire

Discours de Monsieur Arnaud LEVITRE, Maire d'Alizay, Conseiller départemental de l'Eure

Monsieur le Maire, Mesdames et Messieurs les élus, Mesdames et Messieurs les représentants des associations patriotiques, Mesdames et Messieurs les porte-drapeaux, Mesdames, Messieurs, Chers amis, Avec Maryannick Deshayes, ma collègue conseillère départementale, nous tenions à être présents aujourd’hui, ici à Montaure, pour représenter notre canton de Pont-de-l’Arche et, tout simplement, pour prendre notre part à ce moment de mémoire. Je crois qu’une commémoration comme celle-ci prend tout son sens lorsque l’on essaie, quelques instants, de se représenter ce qu’ont vécu les habitants d’ici. Nous sommes en août 1944. Le Débarquement a eu lieu un peu plus de deux mois auparavant. La bataille de Normandie touche à sa fin. L’armée allemande recule et cherche à rejoindre la Seine. Et ici, à Montaure, comme à Tostes et dans les communes voisines, on voit passer les troupes, les véhicules, les soldats. On entend les combats. On attend. Et surtout, on ne sait pas vraiment ce que les prochaines heures vont apporter. Le 23 août, des parachutistes alliés sont présents dans le secteur, notamment au hameau des Fosses. Des unités américaines progressent vers la Seine et vers Elbeuf. La liberté est proche. Mais elle n’est pas encore complètement là. C’est d’ailleurs quelque chose que je trouve intéressant dans l’histoire de Montaure : la Libération n’a pas eu lieu comme on pourrait parfois se l’imaginer, à une heure précise, avec une frontière nette entre l’Occupation et la liberté. Pendant plusieurs jours, les habitants ont vécu entre les troupes allemandes qui se repliaient et les forces alliées qui avançaient. Puis arrivent les Canadiens. Le 25 août, les témoignages parlent enfin de « Montaure libre ». Quelques mots seulement. Mais après quatre années d’Occupation, on imagine ce qu’ils pouvaient représenter. On imagine les gens sortir de chez eux. On imagine le soulagement. Peut-être aussi l’incrédulité. Et certainement la pensée pour tous ceux qui n’étaient plus là pour vivre ce moment. Aujourd’hui, 82 ans plus tard, nous connaissons la suite de l’histoire. Eux ne la connaissaient pas. Et c’est sans doute cela qu’il faut garder en tête lorsque nous rendons hommage aux résistants et aux combattants de cette époque. Ils ont fait des choix sans savoir comment l’histoire se terminerait. Des habitants ont aidé des soldats alliés. Certains ont caché des combattants. D’autres ont renseigné la Résistance ou lui ont apporté leur aide. Ils l’ont fait en sachant les risques qu’ils prenaient. Et puis il y a ces jeunes soldats venus d’Amérique, du Canada, de Grande-Bretagne, de Belgique et d’ailleurs. Beaucoup avaient vingt ans, parfois à peine davantage. Ils ne connaissaient ni Montaure, ni Tostes, ni la forêt de Bord. Pourtant, certains ont laissé leur vie ici, en Normandie, pour libérer un pays qui n’était pas le leur. Alors oui, 82 ans après, nous leur devons bien ces quelques minutes de silence, de respect et de reconnaissance. Mais je crois que nous leur devons aussi autre chose. Nous leur devons de ne jamais considérer la liberté comme quelque chose de normal ou d’éternellement acquis. Nous leur devons de transmettre cette histoire à nos enfants et à nos petits-enfants. Pas seulement les grandes dates que l’on apprend dans les livres. Mais aussi cette histoire-là. Celle de nos villages. Celle de ces routes que nous empruntons tous les jours. Celle de Montaure, de Tostes, de la forêt de Bord, de Pont-de-l’Arche, d’Igoville, d’Alizay et de tous ces lieux de notre canton qui ont eux aussi connu ces journées d’août 1944. Parce que lorsque l’Histoire porte le nom de nos villages, elle devient tout de suite plus concrète. Et puis, forcément, en 2026, parler de paix prend une dimension particulière. La guerre est revenue en Europe. Ailleurs dans le monde, des populations civiles continuent de payer le prix terrible des conflits. Cela devrait nous rappeler une chose simple : la paix est précieuse. Elle est parfois fragile. Et elle mérite que l’on se batte politiquement, diplomatiquement et humainement pour la préserver. Alors aujourd’hui, ayons une pensée pour celles et ceux qui ont vécu ces journées d’août 1944. Pour les habitants. Pour les résistants. Pour les combattants alliés. Pour ceux qui sont revenus chez eux. Et surtout pour ceux qui ne sont jamais rentrés. À toutes et à tous, 82 ans après, nous voulons simplement dire : nous ne vous oublions pas. Vive la République, Vive la France.