COMMÉMORATION DU 19 MARS 1962
64ème anniversaire du "Cessez le feu" en Algérie
jeudi 19 mars 2026 - Pont-de-l'Arche
Monsieur le Président, Messieurs les anciens combattants et porte-drapeaux, Chers Collègues, Chers concitoyens, Chers amis, Nous commémorons aujourd'hui le 19 mars 1962, date du cessez-le-feu qui mit fin officiellement à la guerre d’Algérie après plus de sept années de combats. Un conflit long, meurtrier et profondément traumatisant pour les peuples français et algérien. Cette journée est un moment de recueillement, de souvenir et d'hommage. Nous pensons en premier lieu aux centaines de milliers de victimes de cette guerre. Aux soldats français tombés au combat, souvent de très jeunes appelés du contingent, envoyés de l’autre côté de la Méditerranée dans une guerre qu’ils n’avaient pas choisie. Je pense également aux combattants algériens qui se battaient pour l’indépendance de leur pays. A leurs côtés, les civils algériens, dont nombre de femmes et enfants, ont payé un lourd tribut humain, pris dans la spirale de la violence, de la répression et des massacres. Nous pensons également aux familles, en France comme en Algérie, dont la vie a été à jamais bouleversée par la perte d’un fils, d’un père, d’un frère. Notre pays a mobilisé un million et demi d’appelés. Toute cette jeunesse est entrée dans l'âge adulte par le traumatisme profond de ce qu'on lui a fait et de ce qu'on lui a fait faire. Le 19 mars 1962 n'est pas que la fin d’un conflit. C'est aussi la fin d’un système : celui de la domination coloniale qui, pendant 132 ans, avait nié les droits fondamentaux du peuple algérien. C'est aussi l'occasion de regarder la guerre d’Algérie en face. Une histoire complexe, douloureuse, traversée par les drames, les silences, les non-dits. Pendant longtemps, ce conflit n’a même pas été appelée par son nom. Souvenez-vous : on parlait d’"événements", comme si l’on voulait nier la réalité de cette guerre. Aujourd’hui, notre responsabilité collective est d’assumer cette histoire, sans la simplifier, la falsifier ou l’instrumentaliser. Cette date du 19 mars a une résonance particulière pour ma famille politique qui a été parmi les premières voix à dénoncer cette guerre. Des militants, des syndicalistes, des élus, des intellectuels ont eu le courage de s’opposer à une guerre qu’ils considéraient comme injuste et contraire au droit des peuples à disposer d’eux-mêmes. Ils ont défendu l’idée simple mais fondamentale que la paix, la justice et l’égalité entre les peuples devaient l’emporter sur la logique des colonies et sur l’engrenage de la violence. Ils ont parfois été incompris, isolés, attaqués. Mais l’histoire leur a donné raison : aucune domination d'un peuple sur un autre ne peut durer indéfiniment face à l’aspiration légitime à la liberté. Je pense en particulier à Maurice AUDIN, ce jeune enseignant de mathématiques à l’université d’Alger, arrêté au soir du 11 juin 1957 à son domicile par des parachutistes français puis porté "disparu" par la suite. En 2018, la responsabilité de la France a enfin été reconnue par l'actuel Président de la République. Mais commémorer le 19 mars, ce n’est pas raviver les divisions. Ce n’est pas opposer les souffrances entre elles. Au contraire ! C’est reconnaître qu’il existe plusieurs mémoires de cette guerre : - celle des anciens combattants et appelés du contingent ; - celle des pieds-noirs ; - celle des harkis ; - et bien sûr, celle des familles algériennes. Toutes ces douleurs méritent d’être entendues, respectées et reconnues. C’est pourquoi le travail historique est si important. Non pour entretenir la culpabilité ou la rancœur, mais pour construire une compréhension lucide et réciproque de notre passé. Cette lucidité est une condition de la paix et de la fraternité entre les peuples. Car malgré les blessures de l’histoire, la France et l’Algérie partagent aujourd’hui un destin profondément lié. Des millions de nos concitoyens ont des racines familiales, culturelles ou affectives de part et d’autre de la Méditerranée. Cette histoire commune - hier faite de douleurs - est aujourd'hui riche d’échanges, de rencontres et de solidarités. Notre responsabilité, désormais, est de construire une relation d’avenir plus sereine entre nos deux peuples, fondée sur le respect, la coopération et l’amitié. Et au-delà de la relation entre la France et l’Algérie, la commémoration du 19 mars nous adresse un message universel. Dans un monde encore traversé par les conflits - on le voit en Ukraine, à Gaza et désormais en Iran et au Liban - rappelons une vérité simple : aucune guerre n’est une fatalité. Les guerres commencent souvent par l’aveuglement, par le refus de reconnaître les droits des autres, par l’incapacité à entendre les aspirations légitimes des peuples. Mais l’histoire montre aussi que la paix finit toujours par s’imposer, parce que les peuples la réclament. Se souvenir du 19 mars 1962, c’est donc transmettre aux générations qui viennent un message de vigilance et d’espoir : - vigilance face aux discours de haine, face aux tentations de domination, face aux logiques de guerre ; - espoir dans la capacité des peuples à construire ensemble un monde plus juste, plus libre et plus fraternel. En ce jour de commémoration, pensons à celles et ceux qui ont souffert et faisons vivre, à travers notre engagement citoyen et républicain, les valeurs de paix, de justice et de fraternité qui doivent guider notre avenir commun. Je vous remercie.
