Réforme des retraites, RSA et souffrance des agents du Département
vendredi 14 avril 2023
Monsieur le Président, Mes chers collègues, Au lendemain d'une 12e journée de mobilisation, je souhaite apporter tout mon soutien aux millions de Français qui ont manifesté ces derniers mois – à Evreux comme ailleurs - pour s'opposer à une réforme des retraites rejetée par quasiment tous les actifs. Ils savent qu'échanger les deux plus belles années de retraite contre deux années de trop au boulot - ou plus vraisemblablement au chômage - reste une terrible arnaque. Il faut dire que de mensonges en approximations, rien n'a été fait pour les convaincre. En 2019, Emmanuel Macron expliquait combien il était opposé au report de l'âge légal au-delà de 62 ans. Vraiment un "homme sans conviction" comme disait de lui Bruno Le Maire. N'importe quel Président, conscient d'avoir été reconduit avant tout pour faire barrage à Marine Le Pen, aurait compris la gravité de la situation. Mais pas le nôtre qui assure désormais avoir été élu pour appliquer ce programme. Pourtant, avec 325.000€ dépensés en sondages, le candidat Macron savait parfaitement que sa réforme allait être massivement rejetée. Incapable de convaincre, l'orgueilleux locataire de "l'Enlysée" a préféré contraindre : - au sénat avec un vote bloqué - à l'Assemblée avec le 49.3 - dans la rue avec les coups de matraques et de lacrymogènes. Résultat, celui qui "bordélise" le pays a dû renoncer coup sur coup à l'accueil du roi d'Angleterre, à un match au stade de France et à un déplacement à Toulon. Certes, il lui reste les joies du bain de foule, mais pas ici, non, en Chine ! Comme il est aux abois, le pouvoir lâche son chien de garde : Gérald Darmanin, celui qui s'en prend même à la Ligue des Droits de l'Homme. Un ministre qui est contre l'extrême droite, enfin… tout contre ! Articles 44.2, 47.1, 49.3, 44.3 : le gouvernement a abusé de l'arsenal juridique pour tuer le débat démocratique. Les propositions alternatives ont toutes été refusées par l'ancien banquier d'affaires : car pour financer, pas touche à la finance ! Aujourd'hui, le Conseil constitutionnel doit se prononcer sur cette procédure si brutale. Mais dans notre Département, où la macronie a perdu toutes les circonscriptions qu'elle détenait - dont 4 sur 5 au bénéfice du RN - on devrait mieux savoir qu'ailleurs combien ce jeu est dangereux pour la démocratie. Dommage que la leçon n'ait pas été retenue en haut lieu. J'en viens maintenant à une autre situation préoccupante. Nous le savons, la vocation du Département est de prendre soin des autres. Mais fait-il assez attention… aux siens ? Je veux bien sûr parler de nos agents - plus de 2000 - qui œuvrent chaque jour au service de la collectivité. Malheureusement, nous parviennent régulièrement des témoignages montrant qu'il y a péril en la demeure : services désorganisés, turn-over des cadres, départs non remplacés, recours aux contractuels, pénurie d'assistants familiaux au point que nombre d'enfants sont maintenus dans leur foyer maltraitant. On nous signale encore des logements d'accueil insalubres et des agents découragés, contraints de travailler depuis chez eux pour absorber la quantité de dossiers à traiter. Élus locaux, nous avons bien conscience que le recrutement pour nos collectivités n'est pas toujours aisé. Ces emplois ont été dévalués, dénigrés. Souvenez-vous en 2017 de Macron annonçant 120.000 postes de fonctionnaires en moins. Rien à côté des 300.000 de Sarkozy ou des 500.000 de Fillon ! Mais chercher à se faire élire en promettant de détruire des emplois, voilà une étrange conception de la fameuse "valeur travail" ! La politique salariale de l'Etat a aussi contribué au manque d'attractivité de ces métiers. Le point d'indice a été gelé depuis 2010, avec deux ridicules coups de pouce : 1,2% sous la présidence Hollande et 3,5% en trompe-l'œil l'été dernier puisque l'inflation était presque au double. Dans un tel contexte, on peut sérieusement se demander dans quelles conditions sera mis en place le RSA Rebond. Nous avions demandé la création d'une commission transpartisane pour bien prendre le temps de réfléchir aux solutions d'insertion. Cela nous a été refusé tant l'urgence est de soutenir un Président de la République qui a fustigé récemment les "Français qui ne travaillent jamais" en les opposant à ceux auxquels on demande deux ans d'efforts supplémentaires. Il faut ici rappeler les exigences d'ATD Quart Monde, qui s'inquiète de la stigmatisation croissante des allocataires du RSA et développe de façon intéressante le projet de "Territoires zéro chômeur de longue durée" soutenu également par Emmaüs France : - un accès au cahier des charges de l’expérimentation ; - des clarifications quant au caractère obligatoire de ces heures d’activité - et les conséquences en cas de refus ou d'interruption ; - l’assurance qu'il ne s'agira pas d'emplois déguisés ; - et l’élaboration d’une évaluation de ce dispositif en y associant les allocataires. Mais la meilleure expérimentation aurait été de compléter nos équipes, de les stabiliser, de leur donner toutes les raisons d'agir et non… de partir. Quant au RSA, si on veut qu'il y en ait moins, alors pourquoi en fabriquer avec le plafonnement des indemnités de licenciement, la réduction de la durée de versement et du montant des allocations chômage ou le report de l'âge de départ à la retraite ! En juin 2022, des agents du Département de l'Eure s'étaient mis en grève, venant manifester pour vous dire combien ils étaient mécontents de leurs conditions de travail, des salaires, des indemnités, des effectifs, du manque de considération. Dix mois plus tard, la situation empire comme on le constate aujourd'hui encore. Devant un tel mécontentement, pouvez-vous nous dire, Monsieur le Président, ce que compte faire le Département pour enfin répondre à cette situation dégradée ? Je vous remercie.
