BILAN DE L'ANNÉE 2023
vendredi 15 décembre 2023
Monsieur le Président, Mes chers collègues, Nous voici donc au terme d'une année 2023 dont il faut, calmement, tirer le bilan. Et il n'est pas réjouissant… À l'échelle planétaire, ce fut encore une année de tous les records, la plus chaude jamais observée. Les épisodes violents et traumatisants sont désormais quotidiens. Toute l'année, tous les continents ont été concernés par des anomalies. On l'a vu ici, dans l'Eure, en alerte sécheresse dès le mois de mars puis avec un arrêté de restriction d'usage de l'eau dès la fin du printemps. Déjà, pendant l'été précédent, notre département avait connu, dans la même journée, 20 départs de feux brûlant 160 hectares de chaume. Pourtant, dès 1990, le GIEC rendait ses premiers rapports puis recevait le Prix Nobel de la Paix en 2007. On devrait d'ailleurs méditer à ce sujet : un climat déréglé, c'est mauvais pour la paix. En 2002, Jacques Chirac nous mettait en garde : "Notre maison brûle et nous regardons ailleurs. Nous ne pourrons pas dire que nous ne savions pas". Et pourtant, nous y sommes. On le sait, mais on n'y croit pas. Le monde est fou, et les Hommes avec ! En 2022, on a tout de même organisé des Jeux Olympiques d'hiver dans une ville qui n'a pas de neige… Pékin ! La Coupe du monde de football s'est jouée dans des stades climatisés… au Qatar ! Quant aux Jeux asiatiques d'hiver de 2029 ils auront lieu… en Arabie saoudite ! Et que dire de la COP28 à Dubaï, présidée par le PDG d'une compagnie pétrolière, dans une monarchie qui vit des énergies fossiles, lesquelles font 5 millions de morts par an. Je m'étonne donc que le projet obsolète d'autoroutes payantes à l'est de Rouen ne soit toujours pas abandonné. Il est temps que le ministre Beaune, qui depuis 4 mois y réfléchit, mette fin à cette ineptie. Pour limiter le réchauffement climatique à un degré et demi, les pays de l'OCDE doivent abandonner le charbon d'ici 2030 mais aussi le pétrole et le gaz d'ici 2040. Or, la demande mondiale de pétrole a encore battu des records. Il va falloir s'adapter et nous n'y sommes absolument pas prêts. Tout ceci se paie cher, par de nombreux morts, même ici en France, avec également des incertitudes quant au maintien de notre système d'assurance ou celui de notre production, qu'elle soit agricole ou industrielle. Il nous faudra pourtant changer radicalement de façon de produire, de construire, de se nourrir, de travailler et se déplacer. Mais combien faudra-t-il de drames avant pour vraiment s'y engager ? C'est dans ce contexte que deux conflits armés majeurs s'enlisent. En février prochain, l'attaque russe sur l'Ukraine aura deux ans et aucune issue n'apparaît. Et que dire du conflit entre Israël et le Hamas ? En réponse aux atrocités du 7 octobre - immondes, odieuses, insoutenables – Netanyahou, plus attaché au soutien de l'extrême droite qu'au respect du droit international, ferme les yeux sur les exactions criminelles en Cisjordanie et recouvre Gaza de bombes, provoquant des destructions considérables où, pour frapper une cible, on touche des dizaines d'innocents, en majorité des femmes et des enfants. Pendant que les familles d'otages israéliens sont torturées par l'attente, les familles gazaouies - elles aussi meurtries - sont déplacées, privées d'eau, de courant, de carburant, d'aliments. La faim est utilisée comme armes de guerre. Mais là encore, nos instances ne sont pas au rendez-vous. C'est donc devant cette toile de fond sordide et macabre, que se joue la vie politique française, entre tragédie humaine et théâtre de boulevard. La vie du Parlement se fait au rythme des 49.3, une vingtaine en un an et demi. Il faut dire que lorsque le vote est laissé aux députés, la minorité présidentielle en ressort humiliée comme lundi dernier quand le ministre Darmanin n'a pu placer sa loi sur l'immigration, la 29e à ce sujet depuis 1980 ! On aimerait un tel activisme et autant d'obsessions sur d'autres sujets… Ainsi, notre système de santé n'en finit plus de se dégrader entre pénurie de personnels, services d'urgences fermés, désert médical étendu sous lequel se cache un invisible cimetière quand la France passe de la 3e à la 20e place en Europe pour la mortalité infantile. A l'Education nationale, le ministre Attal apporte les solutions de ceux qui n'en ont aucune. Les enfants peinent à apprendre ? "Qu'on les mette en uniforme" ! Notre système scolaire reproduit les inégalités sociales ? "Séparons nos jeunes dès 11 ans en groupes de niveau" ! Les élèves en difficulté se sentent livrés à eux-mêmes ? "Eh bien qu'ils redoublent ! On sait que ça ne marche pas, mais au moins… ça les occupera" ! Ainsi, préférant s'appuyer sur l'opinion que sur la recherche en éducation, l'ambitieux ministre fonce vers Matignon sans un regard dans le rétroviseur. Du côté de l'économie, les Français se serrent la ceinture, devant s'habituer à des salaires bien trop bas et des prix bien trop hauts du fait d'une inflation largement fabriquée par les patrons gloutons. Le CAC40 engrange, ses dirigeants engraissent, et l'Etat engloutit 156 milliards d'euros d'aides publiques par an, soit un quart de la masse salariale du secteur privé. On a parlé de "crise" après le Covid, mais pour qui ? Pas pour la moitié la plus aisée qui a vu son niveau de vie augmenter, surtout les 20 % les plus riches. Pendant ce temps, Secours populaire et Restos du cœur se voient contraints, pour la première fois, de refuser du monde. Je pourrais encore vous parler des féminicides qui augmentent, de la crise dans l'immobilier, de la paupérisation des étudiants, des 2,4 millions de ménages en attente d'un logement social, de tous les gens en panne, en rade, en galère. Même si notre protection sociale évite l'explosion, la pauvreté touche 9 millions de Français. Élus locaux, nous savons bien que derrière ces chiffres se cachent des drames humains. Nous sommes chaque jour sollicités pour accompagner nos administrés perdus dans les démarches, en difficulté pour trouver un logement ou un emploi. Notre Conseil départemental, dont la vocation consiste en grande partie à s'occuper des plus fragiles, voit peu à peu ses marges d'actions rognées entre hausse des coûts et baisse des moyens. Un effet ciseau qui fait qu'on va couper dans le service rendu à la population. Pire, les victimes de la guerre économique, suspectées de trahison, voient leurs indemnités diminuer, leurs APL rabotés, le RSA conditionné. Dans le même temps, des médias sans scrupules choisissent l'odieux pour faire l'audimat, font du cash à coup de clash, n'hésitant pas à reprendre et diffuser le narratif mensonger de l'extrême droite, empoisonnant nuit et jour les cerveaux disponibles en désignant en permanence les prétendus coupables. Trop de monde s'agace, s'excite et s'énerve faisant monter la pression dans une société aux allures de cocotte-minute. On l'a vu aux Etats-Unis, au Brésil, en Inde, en Angleterre et dernièrement en Argentine : les peuples poussés à bout sont sans tabou. Or, nous ne prenons pas le chemin pour nous immuniser de ces solutions poisons. Les valeurs humanistes sont les seules voies à emprunter pour sortir d'une telle ornière et éviter à la société toute entière une sortie de route mortelle. Voilà qui doit guider nos projets et nos actions.
