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Bilan de la 2e année de mandat au Conseil départemental

vendredi 23 juin 2023

Monsieur le Président, Mes chers collègues, Nous voici au terme de notre deuxième année de mandat et elle n'aura guère été reposante. Loin d'un prétendu apaisement, la politique gouvernementale aura été agressive et brutale comme jamais. Les Français - surtout ceux en difficulté - avaient pourtant eu leur lot de mauvaises nouvelles : - plafonnement des indemnités de licenciements, - économies de 15 milliards sur les APL, - réduction de la durée et du montant des indemnités chômage. A croire qu'on cherche à mettre des gens au RSA pour ensuite les culpabiliser et les contrôler. Bien sûr, il existe une fraude aux prestations sociales estimée à 2 ou 3 milliards maximum. Mais la fraude fiscale, c'est au moins 80 milliards d’euros. Bizarre de ne pas chercher où on serait sûrs de trouver ! Mais pas étonnant quand on connaît l'obsession de favoriser les premiers de cordée, de fermer les yeux sur l'évasion et l'optimisation fiscales, de supprimer l'ISF, de baisser impôts et taxes pour ensuite nous faire le coup de la "caisse" vide et du budget "à l'euro près". Enfin, l'ex-banquier d'affaires a conclu son chef d'œuvre de régressions sociales par la réforme des retraites. Incapable de convaincre, il a choisi de contraindre. Alors, j'entends dire "Macron a gagné". Mais gagné quoi ? La détestation ? l'écœurement ? En revanche, il a perdu la bataille des idées car personne n'a changé d'avis et jusqu'au bout, les cortèges sont restés fournis. Ce coup de force - paraît-il légal mais clairement immoral - laissera des traces. On note un regain salutaire pour les syndicats, dont nous aurons encore bien besoin, au plan national comme ici, à Evreux, puisque ce sont eux qui nous alertent sur le mal-être et la souffrance au travail de nos agents et sur la situation inquiétante dans bien des services du Département. D'ailleurs notre groupe se porte volontaire pour toute discussion ou négociation. Se faire entendre. La chose n'est guère aisée comme l'a prouvé notre ami Georgio LOISEAU, maire de Poses, qui a dû engager une grève de la faim pour que s'améliore enfin la situation d'enfants handicapés, dont le sien, sans place en institution spécialisée. Mais comment est-ce possible ? Comment en est-on arrivé là ? Il est aussi là le divorce entre le peuple et ses dirigeants, quand les souffrances ne sont pas prises en compte et que tant de personnes en détresse se retrouvent livrées à elles-mêmes. De tout ça, le premier parti de France en sort renforcé : celui des abstentionnistes. Il y a un an, plus de la moitié des électeurs boycottait le 1er tour des législatives. Un record. Mais il y a pire avec l'extrême droite qui, exploitant chaque fait divers sordide, attend son heure sans labeur. Car le RN se nourrit aussi de chaque fermeture d'école, de gare, de bureau de Poste ou de service d'urgences. On le voit dans nos campagnes : à chaque fois que l'Etat recule, l'extrême droite avance. Déjà ses nervis se croient tout permis comme l'a montré, à Saint-Brevin-les-Pins, la démission spectaculaire du maire, insulté et gravement menacé. Il y a tout juste un an, après la perte, par la République en Marche, des cinq circonscriptions de l'Eure, j'alertais ici même : en poursuivant cette politique destructrice, notamment avec la réforme des retraites, c'est Le Pen que Macron risque d'envoyer à l'Élysée. Or, rien ne change. Après les promesses de "nouvelles méthodes", le pouvoir vertical est revenu au galop. Malgré la plus forte mobilisation depuis 68, les salariés vont troquer leurs deux plus belles années de retraite contre les deux pires au travail, enfin, quand ils en ont encore un. Les déserts médicaux s'étendent, des services d'urgences ferment, des patients attendent des jours sur leur brancard. De temps à autre, on déplore des morts. On parle de 27 millions de Français privés de généraliste d'ici 2027, à commencer par notre Département, premier désert médical de France. La baisse des chiffres du chômage s'obtient par une explosion de l’emploi précaire et des radiations. Dans les catégories A, B et C des inscrits à Pôle emploi, on compte plus de 5 millions de personnes privées d'un réel travail. Car, croyez-moi, si nous étions vraiment proches du "plein emploi", les salaires ne seraient pas si bas. Dans l'éducation, le bac Blanquer est un fiasco. Les lycéens ont pratiquement fini l'année de Terminale en mars puis vivent dans le stress des algorithmes de Parcoursup. Trahis, les professeurs ne verront pas les 10% de hausse salariale promis à tous. La baisse démographique aurait dû permettre de baisser les effectifs. Nous sommes en moyenne à 28 par classe au collège de Pont-de-l'Arche ! Mais ce gouvernement préfère supprimer 1500 postes et l'Eure perd ainsi 67 classes à la rentrée. Un peu partout, un peu dans tout, on éloigne les citoyens des services publics, les laissant face à un mur bureaucratique ou une plate-forme numérique, les empêchant d'accéder à leurs droits. Le ministère lui-même reconnait un non-recours au RSA de 34 % en moyenne. L'aide aux naufragés de la paperasserie occupe désormais une bonne partie de nos journées d'élus. Heureusement, pas de difficultés administratives pour les sociétés qui exploitent les autoroutes qu'on leur a bradées, ni pour celles qui viennent s'installer à grand renfort d'aides publiques démesurées. Les entreprises du CAC40 et leurs dirigeants ont battu des records de bénéfices. Au moins, on sait à quoi servent chaque année les 157 milliards d'argent public à destination des entreprises. Bref, tout va pour le mieux dans le meilleur des mondes, celui où – une fois l'opposition repoussée au loin – Emmanuel Macron finit par descendre tout seul les Champs Elysées le jour du 8-Mai. A toutes ces crises, s'ajoute le dérèglement climatique : 45°C à l'ombre en Thaïlande, 6 millions d'hectares brûlés au Canada, plus de 40°C en Sibérie. Dans l'Europe qui se réchauffe deux fois plus vite que la moyenne mondiale, on a compté plus de 16.000 décès l'an dernier et 2 milliards de dégâts matériels. Des phénomènes observés en France il y a quelques jours avec de violents orages qui n'ont pas épargné l'Eure. Bref, qu'il s'agisse de la crise climatique ou de la crise démocratique, le choix est clair : reprendre les choses en main pour agir différemment ou bien perdre la main et laisser le chaos s'installer définitivement. Pour conclure ce bilan accablant, je veux dire ici nos raisons d'espérer. Bravo au monde associatif qui apporte à nos territoires vitalité et convivialité. Hommage à tous les élus locaux qui, malgré parfois les menaces, la fatigue et la paperasse, restent au service de nos concitoyens et de leur commune avec des événements et des projets remarquables. Encourageant aussi de voir comment nos Services publics maltraités tiennent malgré tout. De l'espoir encore en voyant des nouvelles formes de mobilisations pour résister à des projets mortifères et assurer la solidarité au quotidien. Non, le militantisme et l'engagement ne sont pas ringards, c'est même d'une rare modernité et d'une indiscutable nécessité face à tout ce qui nous attend. A toutes et tous, et à vous bien sûr, nous adressons nos vœux d'un bel été, en espérant qu'il ne soit pas celui de tous les dangers.

Intervention de Monsieur Arnaud LEVITRE, Président du groupe l'Avenir en partage