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LENTEUR SUR NOTRE BUDGET MAIS EXCÈS DE VITESSE SUR NOS ROUTES

vendredi 13 décembre 2024

Intervention de Mme Maryannick DESHAYES Monsieur le Président, Mes chers collègues, Mon intervention aujourd'hui portera sur deux points que je vous expose immédiatement, l'un où il est question de lenteur et l'autre de vitesse. Il y a tout juste un mois, le mercredi 13 novembre, on apprenait en lisant Paris-Normandie que le Président du département de l'Eure ne "décolère pas", lui qui "s'insurge" face aux efforts demandés par le gouvernement aux collectivités, jugeant d'ailleurs qu'une économie de 52 millions, c'est, je vous cite, "Mission : impossible !". Même si le sujet est grave, difficile de ne pas sourire. Un président de droite qui s'insurge contre la cure d'austérité que lui impose un premier ministre de droite : voilà qui ne manque pas de piquant. Plus encore quand on sait que les efforts ainsi réclamés sont une réponse au déficit vertigineux de notre pays creusé ces sept dernières années par l'un de vos amis et mentor, l'ancien ministre de l'Économie Bruno LE MAIRE ! Les dépenses publiques en pourcentage du PIB en 2023 sont au même niveau qu'en 2016. Autrement dit, ce sont les baisses d'impôts qui ont creusé notre déficit. La dette publique a bondi de près de 45 % depuis l'arrivée au pouvoir d'Emmanuel Macron. On mesure l'ampleur de la dérive avec un déficit public attendu à plus de 6 % du PIB en 2024. Voilà tout de même qui aurait mérité d'être rappelé. Mais vous savez pouvoir compter sur le soutien de votre opposition dans ce refus de voir nos collectivités territoriales payer pour des décisions qu'elles n'ont ni prises ni soutenues : fin de l'ISF, suppression de la taxe d'habitation, mise en place de la flat tax, baisse de l'impôt sur les sociétés, fin de la cotisation sur la valeur ajoutée des entreprises... Vous étiez d'ailleurs déjà monté au créneau pour les mêmes raisons en 2015, sous le quinquennat HOLLANDE, regrettant la "brutalité" de la baisse des dotations qui allait "assécher l'investissement public", comparant cela à un "plan social géant" et même, à du "vol", considérant que le "gouvernement asphyxiait sciemment les territoires" et constatant que le pacte de confiance avait été "déchiré" (L'Impartial, 12/10/2015). Mais ce qui surprend le plus dans votre interview donnée au quotidien régional, c'est que vous en dites trop ou pas assez. "On n'a pas encore acté", "on se pose des questions sur certaines choses mais je ne peux pas encore les annoncer", "soit on annule des choses, soit on les reporte, soit on les étale". Bref, un mois après vous être montré aussi vague, pouvez-vous être plus précis et nous dire comment compte opérer notre Département. Je rappelle, et ça n'a rien de glorieux, que les présidents de Conseils départementaux dirigés par la droite et le centre avaient d'abord annoncé, le 14 novembre dernier, leur intention de suspendre le versement du RSA et de ne plus assurer la prise en charge des mineurs isolés. Etrange procédé que celui de menacer et désigner ceux, parmi les plus fragiles, que l'on est censé protéger. Par ailleurs, et ce sera mon second point, vous avez annoncé le 30 octobre le retour de la limitation de vitesse à 90 km/h sur les routes départementales de l'Eure, rejoignant ainsi une cinquantaine d'autres départements. Rappelons que cette mesure avait été annoncée par Édouard PHILIPPE le 9 janvier 2018. Décidément, vous semblez fâché avec vos amis ! Votre argument est le suivant : "Les 80 km/h, ça ne fonctionne pas". Preuve en est, dites-vous, un nombre de tués reparti à la hausse. Visiblement, personne n'a pensé que ça aurait sans doute été pire avec des routes à 90 km/h. Comment peut-on ignorer que toute la difficulté de la prévention c'est précisément qu'on en ignore les effets. Difficile ici de montrer les vies sauvées parce que les uns et les autres ont un peu levé le pied. Vous dites encore que ce qui tue, c'est la drogue, l'alcool, la somnolence et le téléphone au volant. Certes, mais en oubliant de préciser qu'à chaque fois, la vitesse est un facteur aggravant. D'après la Sécurité routière, la vitesse est responsable d’environ 27% des morts sur les routes. Rouler vite augmente les distances de freinage et la violence des chocs, laquelle est démultipliée par rapport à la vitesse. Comment pouvez-vous alors écrire que les 80 km/h "ne garantissent pas une meilleure sécurité pour les usagers" ? Sur quelle base scientifique ? Quels partenaires de la sécurité routière cautionneraient une telle affirmation ? Vous allez même jusqu'à lancer une pétition pour le retour à 90 km/h. Et pourquoi pas contre le port de la ceinture ou du casque ? Face aux délits, la droite se veut généralement inflexible, réclamant aussitôt sévérité et châtiments. Mais, bizarrement, pour les délits routiers, on sent une forme d'impuissance et de renoncement. Espérons que ça ne soit pas par clientélisme ou par dogmatisme. Car au-delà du coût que représenterait le nouveau changement de tous les panneaux - j'ai entendu parler de 200.000 euros qui auraient pu être utilisés à meilleur escient - on parle ici de tués, de blessés, d'hospitalisés, de mutilés et de vies brisées. On pourrait aussi rappeler que la vitesse, c'est plus de pollution, de consommation de carburant et de dépenses. Mais êtes-vous prêt, Monsieur le Président, à assumer une augmentation possible du nombre de tués ? Il est tout de même aberrant d'annoncer aux Eurois qu'ils pourront désormais rouler plus vite parce que le nombre de morts a augmenté. Merci pour votre écoute.

Intervention de Monsieur Arnaud LEVITRE, Président du groupe l'Avenir en partage