ÉTAT DE LA SANTÉ EN FRANCE
vendredi 9 février 2024
Monsieur le Président, Mesdames et Messieurs les Conseillers départementaux, Mes chers collègues, Nous voici enfin réunis pour la première session plénière de 2024. J'en profite donc, au nom du groupe l'Avenir en partage, pour vous souhaiter une heureuse année, de la réussite dans vos projets, et, plus que tout, une très bonne santé. Ah, la santé… Parlons-en justement. Il ne se passe pratiquement plus une seule journée sans qu'on découvre un nouveau drame aux urgences ou une nouvelle statistique effrayante nous donnant à voir l'étendue de la désertification médicale. Ainsi, depuis 2015, notre mortalité infantile est supérieure à la moyenne européenne alors qu’elle était l’une des plus basses du continent à la fin du XXe siècle. Ce taux ne recule plus depuis 2005, époque où la France occupait la 3e place et non la 25e comme aujourd'hui. Et c'est tout aussi inquiétant pour la mortalité maternelle et la mortinatalité (les enfants nés sans vie après 6 mois de grossesse). Derrière ces statistiques, se cachent des disparités territoriales qui ne jouent guère en faveur de notre Département. Car ce que je vais exposer ici doit être entendu en sachant que tout est amplifié dans l'Eure. Quand nous nous battons au Département contre la désertification médicale, nous devons le faire en pensant tout particulièrement aux femmes. En effet, elles ont davantage besoin d'une offre complète de santé, ne serait-ce que pour la gynécologie et la maternité. De plus, elles occupent souvent les emplois dans le milieu médico-sanitaire : aide-soignante, secrétaire médicale, infirmière ou docteure. Elles sont donc les premières pénalisées quand ces activités n'existent pas ou peu sur leur territoire. Enfin, ce sont souvent les mamans qui parcourent des dizaines de kilomètres pour une consultation chez la psychologue ou l’orthophoniste, là encore des métiers très féminisés. Mais nous devons aussi penser aux enfants puisque la France compte un médecin scolaire pour 16 700 élèves, trois fois plus que les préconisations de l'Éducation nationale, le résultat d'une pénurie de près de la moitié des postes, avec une forte dégradation en 4 ans. Dommage pour la prévention et la détection. Car médecins, psychiatres, enseignants, pédiatres s'interrogent sur les conséquences possibles de notre alimentation, des modes de vie, des ondes et écrans, polluants et autres perturbateurs endocriniens. Ils nous alertent sur la prévalence de nombreux troubles : autisme, déficit de l’attention, hyperactivité, et puis dyslexie, dyscalculie, dysorthographie, dyspraxie, dysgraphie et troubles du développement intellectuel. Dans le même temps, le grand âge devient une préoccupation majeure même s'il faut bien entendu se réjouir que l'espérance de vie à la naissance soit aujourd'hui de 80 ans pour les hommes et proche de 86 ans pour les femmes. Pour autant, soyons attentifs à l'espérance de vie en bonne santé. Elle est autour de 65 ans pour les femmes et un peu moins de 64 ans pour les hommes. Pas de chance, c'est l'âge minimum jusqu'auquel il faudra désormais travailler… Cette espérance de vie sans incapacité a un peu reculé en 2022 revenant même au niveau de 2020. Quant à l'âge moyen d’espérance de vie sans incapacités fortes, il s’établit désormais à 77,5 ans pour les femmes et à 73,5 ans pour les hommes. C'est dire s'il faut réfléchir à toutes les années restant à vivre ensuite tant pour organiser les aides et les soins, que pour supporter leur coût. Voilà pourquoi, vous le savez, je demande que l'Eure devienne un territoire pilote pour expérimenter des Maisons Grand Âge. Nous avons pu en discuter ensemble, Monsieur le Président, et je vous en remercie. Par ailleurs, je vais au plus vite inviter à venir sur notre canton Frédéric VALLETOUX, le nouveau ministre délégué à la Santé, comme je l'avais fait cet été pour Agnès FIRMIN-LE BODO et le mois dernier pour Catherine VAUTRIN. Dans le même ordre d'idée, le rapport du professeur Chauvin vient d'être remis au gouvernement. Il préconise la création, en dix ans, de 100 maisons d'accompagnement à la fin de vie, à la fois lieux d'hébergement et moyen pour les aidants d'avoir un peu de répit. Il me faut aussi évoquer les personnes souffrant d'affections de longue durée : diabète, cancers, troubles psychiatriques, problèmes cardiaques. Leur nombre continuant de croître, la collectivité devra supporter une charge de plus en plus lourde en évitant que cela bascule vers les mutuelles dont les tarifs ont déjà pris 10% cette année, après les 7% de l'an dernier. Je lis d'ailleurs que le gouvernement, dans sa recherche d'économies budgétaires, pourrait remettre en cause le taux de prise en charge. Espérons ne pas connaître une dérive à l'américaine qui nous mènerait au "chacun pour soi et Dieu pour tous". Nos concitoyens subissent déjà une telle inflation sur le logement, l'alimentation, les transports et l'énergie. A tout cela s'ajoute le suicide. La France présente un des taux les plus élevés d'Europe avec près de 9.000 décès en 2020. Ce n'est pas loin du triple des décès sur la route. Les jeunes adultes (les 18-24 ans) sont les plus touchés, sans parler de la hausse des pensées suicidaires et des tentatives. L'actualité récente nous a rappelé combien ce drame frappe le monde agricole avec, en moyenne, près de deux suicides par jour chez les paysans, un risque supérieur à la moyenne et qui, ici, augmente avec l'âge. Mais là, encore, sait-on que seule une personne sur deux ayant fait une tentative de suicide bénéficie d'un suivi après son acte ? A propos de problèmes psychologiques, je n'aurai pas le temps ici de développer, mais on ne peut plus se désoler de certains faits divers dramatiques sans constater le délabrement de la psychiatrie en France. Je m'inquiète également de voir La ligue contre le Cancer nous alerter sur les inégalités d'accès aux soins pour les patients. Les délais s'allongent pour obtenir un rendez-vous, un suivi. En quelques années, on est passé d'un peu plus de 9 semaines à 11 semaines et demie pour démarrer le traitement d'un cancer du sein, soit le double de ce qui est recommandé. D'ailleurs, parmi les principales pénuries de médicaments, on trouve souvent ceux destinés à traiter les complications ou effets secondaires des cancers. Et même quand les traitements sont accessibles, le reste à charge pénalise une fois encore les plus modestes. Nous sommes, je le crois, à un tournant dans nos modes de production et de consommation. On l'a vu avec la crise dans l'agriculture. Car au-delà de l'aspect économique, la question environnementale se pose avec force. Bien sûr, pour limiter le dérèglement climatique - dont les paysans sont parmi les premières victimes – mais aussi pour savoir ce que l'on mange, boit et respire. Voilà des préoccupations majeures pour notre population et qui doivent donc l'être aussi pour notre institution. Je vous demande, par conséquent, en réponse à cette intervention, de bien vouloir faire le point sur le déploiement concret du Plan Santé 2023-2028 d'un budget annuel de 2 millions d'euros. Où en sommes-nous de la télémédecine, des bus itinérants, des infirmières en pratique avancée, du Grand Âge, de la médecine salariée, des mesures pour attirer des professionnels et autres initiatives ? Je vous remercie.
