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RSA, Désertification médicale, Éducation

vendredi 22 octobre 2021

Mes chers collègues, J’avais eu l’occasion de le dire lors de mon premier discours devant cette assemblée, mais je le redis avec force aujourd’hui : plus que jamais, et chaque jour le contexte politique nous en apporte un peu plus la preuve, face à la montée d’extrémistes réactionnaires, face à l’inquiétude et aux attentes de nos concitoyens, nous avons une immense responsabilité ! Beaucoup de travail nous attend, toutes et tous, pour regagner la confiance des électeurs et des électrices. Beaucoup de travail nous attend pour protéger nos jeunes, nos anciens, pour accompagner les précaires, prendre soin des mineurs non accompagnés, valoriser notre monde paysan, freiner l’artificialisation de nos sols, permettre l’accès de tous et toutes à la médecine, aux services publics, à l’information. Je l’avais déjà dit, et je le répète à nouveau : notre groupe, l’avenir en partage, entend prendre toute sa part dans ce travail et porter avec force, détermination et engagement la voix des Euroises et des Eurois. Nous nous inscrivons donc résolument dans une démarche de construction critique et c’est pourquoi, mes chers collègues, je veux aujourd’hui, sur trois thèmes inscrits à l’ordre du jour et qui nous sont chers, m’appuyer sur les déclarations et intentions de la majorité départementale. Je veux en premier lieu aborder ce qui est sans doute la compétence la plus forte, la plus symbolique de Département : celles de la solidarité et à travers elle, du RSA. Il est prévu par l’actuelle majorité des mesures pour aider les bénéficiaires à revenir à l’emploi en leur ouvrant notamment la porte des emplois aidés. Cette mesure que nous allons discuter, semble, dans son esprit aller dans un sens qui nous est cher : redonner de la dignité aux bénéficiaires en leur permettant de remettre un pied dans la vie active, dans la vie sociale. Mais, mes chers collègues, sur cette question du RSA, nous souhaitons aller plus loin. Nous souhaitons qu’enfin cette assemblée réponde au souhait émis en 2015 par le Président du conseil départemental, Sébastien Lecornu. Il avait alors défendu une mesure simple, et que nous soutenons pleinement : que notre département réclame à l’état son dû au titre de la compensation de la revalorisation du RSA, soit une cinquantaine de millions d’Euros. Cette réclamation ne serait que justice, preuve en est la victoire des trois départements anciennement bas normands devant le tribunal administratif, mais surtout, elle pourrait permettre le financement de l’expérimentation d’un RSA jeune. Car, mes chers collègues, la mise en place d’un RSA jeune est une mesure juste. Notre jeunesse, tout le monde le reconnait, est la génération sacrifiée du COVID. On lui a demandé beaucoup ! Ce que nous avons su faire au sortir de la seconde guerre mondiale pour nos ainés en créant la retraite, ce que nous avons su faire ensuite en créant un revenu minimum pour les adultes, il faut savoir le faire pour notre jeunesse. Quand on a 18 ans, on a la majorité pénale, on peut aller en prison, on a la majorité politique puisqu’on peut voter, mais inexplicablement on n’a pas la majorité sociale puisqu’il faut attendre jusqu’à 25 ans pour bénéficier du RSA.  Or, sur les 5,5 millions de jeunes qui ont entre 18 et 24 ans, si l’on retire tous ceux qui occupent un emploi, ceux qui sont en formation professionnelle ou en étude, ceux qui sont au chômage ou ceux qui touchent déjà le RSA au titre de jeunes parents, il ne reste que 420 000 jeunes qui, potentiellement, auraient besoin de ce RSA-jeunes. Allouer 500 euros par mois à 420 000 jeunes couterait 2,5 milliards d’euros par an à l’État, en y ajoutant le cout de l’accompagnement des jeunes et la revalorisation indispensable des bourses d’enseignement supérieur, c’est autour de quatre-milliards d’euros annuels que se situerait le cout de ce minimum social, somme à comparer aux 5 676 944 881 € que doit l’État aux départements au titre de la non-compensation de l’augmentation du RSA, ce qui représente plus de 50 millions pour notre département ! Voilà de quoi, je l’espère, débattre sur nos bancs, en toute objectivité, et avec la boussole qui je suis sûr doit tous et toutes nous guider, celle du bien-vivre pour tous. Un autre débat, un autre sujet de travail qui je suis sûr peut nous réunir : celui portant sur la lutte contre la désertification médicale. J’ai eu l’occasion, en début de semaine de découvrir un article portant sur ce sujet et pour lequel était interrogé notre collègue Frédéric Duché. Son constat était lucide et nous le partageons. Frédéric Duché prenait ainsi acte de l’échec de la politique du département sur cette question en reconnaissant l’inefficacité de la mise en place de maisons de santé, déclarant je cite « La problématique des maisons de santé, c’est que la plupart sont vides de médecins généralistes et pleines de paramédicaux. » Il poursuivait son analyse, que nous partageons, en déclarant, je cite encore « La profession s’est féminisée, ce n’est pas un mal, mais les médecins ont une autre vision du métier, ils veulent faire moins d’heures et ils ne veulent plus travailler seuls. » Fort de ce constat partagé, il faut donc au Département trouver de nouvelles solutions pour lutter contre ce problème de santé publique. Notre groupe souhaite que soit mise en œuvre une mesure innovante, portée par le Département, pourtant de droite, notez notre ouverture d’esprit, de Saône et Loire. Nous proposons de créer des centres de santé publique départementaux, avec des médecins salariés. Le Département de Saône-et-Loire a ainsi pu recruter une quarantaine de médecins généralistes avec un salaire fixe, basé sur celui des praticiens hospitaliers. Ces médecins ont été répartis dans les différentes antennes du Centre départemental de santé. Cette mesure se devait de « donner un certain confort à des candidats avec contrat de travail et unité centrale pour la gestion, afin que le médecin recruté fasse son métier, c’est-à-dire consulter et être déchargé des tâches administratives ». Le modèle économique s’autofinance désormais (le fruit des consultations que le Département perçoit sert à rémunérer les médecins, le secrétariat et la logistique) et 20 000 patients ont ainsi retrouvé un médecin traitant. Voilà donc mes chers collègues, un second sujet sur lequel nous souhaitons pouvoir travailler de manière sérieuse et approfondie, car l’urgence nous oblige à agir. Un troisième sujet, une troisième urgence, une troisième impérieuse nécessité : celle de l’éducation. Dans son plan jeunesse, le Département défend un principe que nous ne pouvons que partager : la réussite et l’épanouissement des collégiens en rappelant notamment que nos jeunes ne sont pas seulement des élèves. Ce plan jeunesse porte trois exigences : – Poursuivre sur la mixité sociale – Redimensionner les établissements – Adapter la carte scolaire en permettant un temps de transport acceptable pour familles et élèves. Fort bien. Mais mes chers collègues, aujourd’hui, au-delà de la mixité sociale, nous réclamons de la justice sociale. La justice sociale c’est celle qui permet à chacun et à chacune de réussir ses études, d’avoir les mêmes chances pour son orientation et son entrée dans la vie professionnelle ! Nous souhaitons donc, en accord avec les principes affichés dans le plan jeunesse du Département, et en appui sur les données de la science que soit revue la carte scolaire. Alors que tous les spécialistes s’accordent pour dire que des journées trop longues handicapent la réussite scolaire, et notamment celles des enfants en difficulté, alors que tous les spécialistes s’accordent aussi pour reconnaitre le caractère déterminant du bien-être des enfants dans la réussite scolaire, alors que plusieurs études ont largement démontré que la taille critique des établissements se situait autour de 500 élèves ce qui permet de concilier petite taille, proximité humaine et offre pédagogique satisfaisante, il est urgent de revenir sur les décisions qui ont été, certainement de bonne foi et avec de louables attentions, prises lors du précédent mandat. Les conséquences, notamment sur mon canton, en sont maintenant bien connues : fuite vers l’enseignement privé pour les familles dont les demandes de dérogation sont refusées, temps scolaire considérablement allongé à cause des transports supplémentaires, difficulté à poursuivre les activités extrascolaires sportives et culturelles… Alors mes chers collègues, monsieur le Président, j’espère que seront entendues nos propositions. Nous souhaitons d’abord que soit révisée la carte scolaire, en concertation avec les familles et les équipes pédagogiques. Nous souhaitons aussi que la taille des établissements soit limitée à 500 élèves, car c’est une taille bien plus favorable à tous les enfants, et notamment à ceux en difficulté, et que c’est aussi une taille qui permet de garantir une offre pédagogique diversifiée. Nous souhaitons enfin que la scolarité des collégiens devienne réellement gratuite en assurant la fourniture, gratuitement et à chaque collégien, comme cela existe par exemple dans les Bouches-du-Rhône, d’un pack de fournitures de base en début d’année. Voilà mes chers collègues, ce dont nous pourrons, je l’espère débattre. Voilà mes chers collègues, loin des postures stériles et des démarches politiciennes, quelle sera la démarche de notre groupe l’avenir en partage, une démarche exigeante, une démarche de construction, de propositions, une démarche qui soit, pour de vrai, au service des gens, une démarche, surtout, qui ne renie rien des valeurs qui nous portent, les valeurs de partage, de solidarité, de fraternité, des valeurs d’humanité, tout simplement.

Intervention de Monsieur Arnaud LEVITRE, Président du groupe l'Avenir en partage