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Cérémonie du 11-Novembre

Discours de Monsieur Arnaud LEVITRE Maire d'Alizay et Conseiller départemental de l'Eure

lundi 11 novembre 2024 - Alizay

Mesdames et Messieurs les représentants des associations patriotiques, civiles et militaires, Mesdames et Messieurs les élus, Chers habitants, Chers amis, Chers enfants, À la 11e heure du 11e jour du 11e mois de l'année 1918, les cloches des villes et villages de France se mirent à retentir pour signifier l'entrée en vigueur du cessez-le-feu après la signature de l'Armistice, quelques heures plus tôt, entre les représentants français et allemands dans la clairière de Rethondes à Compiègne. Ainsi était-il mis fin aux quatre années d'horreurs et de terreur de la Première Guerre mondiale. Le bilan humain est considérable : 70 millions de soldats mobilisés, des dizaines de pays happés par ce conflit, des millions de blessés et 10 millions de morts rien que parmi les militaires, par exemple 30.000 tués lors de la seule journée du 25 septembre 1915. A elle seule, la fameuse bataille de Verdun fit près de 800.000 victimes, soldats tués, blessés ou disparus. Rendez-vous compte : c'est autant que le nombre d'hommes vivant à Paris ! Difficile d'ailleurs de trouver une famille qui n'ait perdu un père, un fils, un frère, un mari. Pensez donc : 18 % des soldats français ont péri pendant cette guerre, soit près d'un sur cinq. Ce fut même pire chez les jeunes. Si vous prenez le contingent des soldats français qui avaient 20 ans en 1914, on grimpe à 31% de morts ! Près d'un sur trois ! On reste aussi frappés par la forte mortalité au tout début de la guerre du fait de l'impréparation des soldats français : 85.000 morts en août, 101.000 en septembre ! Toute une jeunesse qui, pour son premier voyage loin du village, fut envoyée au front, ou plutôt, à l'abattoir… Pour vous donner une idée plus précise de l'ampleur de cette horreur, voici un moyen simple. Imaginons que demain 900 jeunes Français meurent la même journée. Vous vous rendez compte de la catastrophe ? Et puis, Imaginons encore que cela recommence dès le lendemain : 900 morts ! Et puis comme ça chaque jour de la semaine, 900 morts, et encore chaque semaine de chaque mois, 900 morts par jour, chaque jour de l'année ! Et puis, ça continue l'année suivante : toujours 900 morts chaque jour ! Et puis encore une troisième année ! Et encore une quatrième année ! Impossible ? Impensable ? Et pourtant… Avec 900 jeunes hommes tués chaque jour pendant quatre ans, vous avez le bilan humain des combattants "morts pour la France". Mais la comptabilité des victimes ne s'arrête pas aux seuls soldats. Ce furent aussi 500.000 jeunes femmes qui se retrouvèrent veuves et environ un million d'enfants qui devinrent orphelins. Ce fut si brusque que le nombre de naissances fut divisé par deux, passant de 800.000 à 400.000 par an, ce qui fit même de la France le pays le plus âgé du monde en 1939. Au-delà du drame humain et des mille souffrances endurées, il faudrait encore parler du désastre économique et de la désolation matérielle dans un pays si grandement détruit dans ses zones de combat. En adoptant une économie de guerre, il a été calculé que la France avait alors perdu l'équivalent de onze années d’investissement ! Eh oui, la guerre, ce sont "des" ruines mais c'est aussi "la" ruine… On a tout dit de cette épouvantable hécatombe fruit du nationalisme belliqueux et d'un esprit guerrier auquel les nouvelles technologies offrirent pour la première fois l'occasion de basculer dans une guerre industrielle avec ses avions, camions et canons. Les hommes le payèrent cher, éventrés, gazés, amputés, ensevelis dans la boue ou exposés aux fortes chaleurs, traumatisés, et que dire de toutes ces gueules cassées, balafrées, défigurées, aux mâchoires arrachées. Et à toutes ces horreurs, à tous ces malheurs, il fallut que s'ajoute une épouvantable épidémie de grippe qui fit à travers le monde de 20 à 50 millions de morts. Pourtant, aussi effroyable que soit son bilan, la "Der des Der" n'a pas permis d'éviter une seconde guerre mondiale ni, plus tard, les guerres d'indépendance en Indochine ou en Algérie. Toutefois, il y a peu, depuis la France, nous regardions tout cela d'assez loin, même si notre pays engageait ses troupes dans différents conflits puisque, je le rappelle, nous avons en permanence près de 10.000 militaires français au sein des forces "pré-positionnées" hors de la métropole. Et si la guerre revenait parfois sur le sol européen - qu'il s'agisse de la Yougoslavie en 1991, puis du Kosovo en 1998 ou du Donbass en 2014 - nous restions persuadés que cela demeurerait éloigné. On a d'ailleurs vu arriver au pouvoir une nouvelle génération de dirigeants politiques qui n'avaient jamais vécu la guerre, pas même enfants. Et pourtant, en février prochain, cela fera trois ans que la Russie tente d'envahir l'Ukraine tout en menaçant le reste de l'Europe. Et depuis 13 mois maintenant, le conflit israélo-palestinien n'en finit plus de s'étendre, hier à Gaza, désormais également au Liban et peut-être demain vers l'Iran. A ce tableau bien sombre, s'ajoute la récente réélection aux États-Unis de Donald TRUMP, malgré ses propos racistes et sexistes, malgré ses mensonges et "fake news", malgré son esprit complotiste et conspirationniste, malgré ses outrances et sa violence… J'évoque ici ces différentes situations car l'une des tristes leçons que l'on doit tirer de la Première guerre mondiale, c'est qu'il suffit parfois d'une étincelle pour provoquer un incendie, comme ce fut le cas alors après l'assassinat de l'héritier du trône d'Autriche, l'archiduc Franz FERDINAND, le 28 juin 1914 à Sarajevo. Ma responsabilité en tant qu'élu est de ne jamais oublier qu'un autre monde est possible et souhaitable et qu'il nous appartient de travailler à son avènement. Celles et ceux qui, dans l'histoire, ont permis à l'humanité d'avancer vers la paix et le progrès sont toujours passés pour des naïfs, des fous, des idéalistes, de doux rêveurs. Voyez Nelson MANDELA ou Rosa PARKS ! Et même si leur destin fut tragique, souvenons-nous de Jean JAURES, de Martin LUTHER KING, de GANDHI ! N'oublions pas nos héros de la Résistance, de Jean MOULIN à Missak et Mélinée MANOUCHIAN, des époux AUBRAC à Jean ZAY, en passant par ceux auxquels nous avons choisi de donner le nom pour deux nouvelles rues d'Alizay, Olga BANCIC et Joseph EPSTEIN. Je rappellerai enfin que pour sortir de la guerre, il nous faut préparer la paix, encore et toujours, en cherchant à retisser les liens et à tracer les chemins vers un futur de respect et de dignité. Il faut donner toute sa place à la culture, aux échanges, à l'éducation. Il nous faut également des femmes et des hommes de bonne volonté, qui connaissent l'histoire et croient en l'humanité pour sans cesse rappeler qu'embarqués tous ensemble sur la Terre, notre destin est commun, qui plus est à l'heure du dérèglement climatique généralisé dont les catastrophes nous émeuvent autant qu'elles nous effraient. Et j'ai ici une pensée pour toutes les victimes des inondations à Valence il y a quelques jours. Ne l'oublions jamais, il n'existe qu'une seule espèce humaine, vivant sur une seule planète. Mercredi dernier, est décédée à l'âge de 100 ans, la journaliste Madeleine RIFFAUD. À 18 ans, elle entrait déjà dans la Résistance. Elle a survécu à la milice, à la Gestapo, aux insoutenables séances de torture des SS puis, plus tard, à un attentat de l'OAS. Pour le journal L'Humanité, elle est devenue une grande reporter, en Indochine comme en Algérie. Au crépuscule de sa longue vie, elle déclarait encore : "Il n’y a aucune cause perdue, excepté celles qu’on abandonne en chemin." Voilà, tant que nous aurons ses paroles en tête, il restera de l'espoir pour un monde meilleur, fait de justice, de paix et de fraternité. Je vous remercie.

Discours de Monsieur Arnaud LEVITRE, Maire d'Alizay, Conseiller départemental de l'Eure